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Protection de l'enfance en France : les données de l'ONPE et de la Drees

Protection de l'enfance en France : les données de l'ONPE et de la Drees

Au 31 décembre 2023, 384 900 enfants mineurs et jeunes majeurs bénéficiaient en France de 396 900 mesures d'aide sociale à l'enfance, selon la Drees. Ces chiffres de la protection de l'enfance, croisés avec ceux de l'Observatoire national (ONPE), décrivent qui est pris en charge, comment, et à quel coût.

Combien d'enfants bénéficient de l'aide sociale à l'enfance ?

Le nombre d'enfants suivis par l'aide sociale à l'enfance (ASE) atteint 384 900 mineurs et jeunes majeurs au 31 décembre 2023, d'après le dossier de la Drees consacré à l'ASE (édition 2025, paru en juin 2025). Ces bénéficiaires cumulent 396 900 mesures, car un même enfant peut relever de deux dispositifs à la fois, par exemple un accueil en établissement et une action éducative auprès de sa famille.

Rapporté à la population, le taux de mesures passe de 16,6 pour mille jeunes fin 1998 à 24,1 pour mille fin 2023. Sur ces vingt-cinq années, le nombre de mesures d'ASE se multiplie par 1,5. La Drees estime que 2,3 % des moins de 21 ans bénéficient d'une mesure fin 2023 : un peu plus d'un jeune sur cinquante.

La hausse récente porte surtout sur l'accueil hors du domicile : 221 000 mineurs et jeunes majeurs sont accueillis à l'ASE fin 2023, soit une progression de 6,0 % en un an, la plus forte de la série selon la Drees. Les professionnels du secteur social relient cette évolution à l'arrivée de mineurs non accompagnés (MNA), au repérage accru des violences intrafamiliales et à l'allongement des accompagnements après 18 ans.

Accueil ou action éducative : la répartition des mesures

Les mesures de protection de l'enfance se répartissent en deux grandes familles, que la Drees compte séparément. La première regroupe les mesures d'accueil, c'est-à-dire le placement de l'enfant hors de son milieu de vie habituel : famille d'accueil, maison d'enfants à caractère social, lieu de vie, foyer de l'enfance. La seconde rassemble les actions éducatives en milieu ouvert, où l'enfant reste chez ses parents et un travailleur social intervient au domicile.

Fin 2023, 221 000 bénéficiaires (57 %) relèvent d'une mesure d'accueil et 175 800 (46 %) d'une action éducative. Le total dépasse 100 % parce que certains jeunes cumulent les deux. L'assistance éducative ordonnée par le juge des enfants se trouve au cœur de ce second volet, quand le maintien à domicile reste possible sous condition d'un suivi.

Indicateur (France, fin 2023)ValeurSource
Bénéficiaires de l'ASE (mineurs et jeunes majeurs)384 900Drees
Mesures d'ASE en cours396 900Drees
Jeunes accueillis hors de leur domicile221 000 (57 %)Drees
Jeunes suivis par une action éducative175 800 (46 %)Drees
Accueils provisoires jeune majeur30 800Drees
Mesures d'accueil décidées par un juge79 %Drees
Enfants confiés accueillis chez des assistants familiaux36 %Drees

Décision du juge ou accord des parents

La protection judiciaire domine nettement la protection administrative dans les données nationales. Selon la Drees, 79 % des mesures d'accueil et 71 % des actions éducatives relèvent d'une décision judiciaire fin 2023, le plus souvent celle du juge des enfants saisi par le parquet. Le reste correspond à des mesures administratives, signées entre le service de l'aide sociale à l'enfance du département et les parents, qui acceptent l'aide proposée.

Le cadre juridique explique cet écart. Le code de l'action sociale et des familles prévoit que le département intervient d'abord avec l'accord de la famille ; le code civil (articles 375 et suivants) permet au juge d'ordonner une mesure quand la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur sont en danger ou en risque de l'être, ou quand ses conditions d'éducation sont gravement compromises. Quand les parents refusent l'aide ou quand le danger est grave, le dossier passe au juge. L'enfant peut alors être entendu et assisté : le rôle d'un avocat désigné pour le mineur prend ici tout son sens.

Enfant et Droit informe sur ces procédures sans être un cabinet d'avocats ni un service social : une famille convoquée devant le juge des enfants gagne à consulter un avocat en droit de la famille, et un enfant en danger immédiat relève du 119 ou du 17.

Où vivent les enfants confiés à l'ASE ?

Les enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance vivent principalement dans deux types de lieux, à parts presque égales. Fin 2023, 36 % sont accueillis chez des assistants familiaux, salariés agréés du département ou d'une association, qui reçoivent l'enfant à leur domicile. Les établissements habilités (maisons d'enfants, foyers, pouponnières) accueillent 41 % des enfants confiés, une part stable entre fin 2022 et fin 2023 selon la Drees.

Le reste se partage entre des formules plus souples : hébergement autonome pour les plus âgés, lieux de vie et d'accueil, placement chez un tiers digne de confiance (un grand-parent, un oncle, un proche) ou retour progressif au domicile. Le recours au tiers digne de confiance, encouragé par la loi Taquet du 7 février 2022, reste minoritaire dans les données nationales.

Le vieillissement du métier d'assistant familial pèse sur cette répartition. Les départements signalent depuis plusieurs années des difficultés de recrutement, ce qui reporte une partie de la demande sur les établissements et sur les solutions hôtelières, que la même loi de 2022 interdit en principe depuis le 1er février 2024, sauf urgence et pour deux mois au plus.

Les jeunes majeurs et les mineurs non accompagnés

La protection de l'enfance ne s'arrête pas toujours à 18 ans. Fin 2023, 30 800 jeunes majeurs bénéficient d'un accueil provisoire jeune majeur, selon la Drees. Depuis la loi du 7 février 2022, le département doit proposer un accompagnement aux jeunes de 18 à 21 ans qui ont été confiés à l'ASE et qui manquent de ressources ou de soutien familial suffisant, pour éviter les sorties sèches à la majorité.

Cette obligation pèse sur les chiffres : la part des 18-21 ans augmente dans les effectifs suivis, et le contrat jeune majeur sert de passerelle vers l'autonomie (logement, formation, emploi). Le rapport annuel de l'ONPE suit cette tranche d'âge depuis plusieurs éditions et relève une hausse continue du taux de prise en charge des 18-21 ans.

Les mineurs non accompagnés (MNA) forment un autre groupe suivi de près. Ces jeunes étrangers, arrivés en France sans parent, relèvent de l'ASE dès que leur minorité et leur isolement sont reconnus. Leur nombre varie fortement d'une année sur l'autre selon les flux migratoires, et leur répartition entre départements passe par une cellule nationale du ministère de la Justice. Leur présence explique une partie de la hausse des accueils, surtout chez les garçons de 15 à 17 ans.

Quelles sont les dépenses liées à la protection de l'enfance ?

Les dépenses de protection de l'enfance sont à la charge des départements, chefs de file de cette politique publique depuis la décentralisation. En 2023, les départements consacrent 11,0 milliards d'euros à la protection de l'enfance, d'après la Drees ; le montant inclut la rémunération des assistants familiaux mais pas les autres dépenses de personnel. La dépense moyenne d'accueil atteint 41 000 euros par bénéficiaire et par an.

La hausse se poursuit en 2024. Dans ses données provisoires publiées en décembre 2025, la Drees chiffre les dépenses nettes annuelles de l'ASE à 11,2 milliards d'euros, en hausse de 7,1 % par rapport à 2023. L'ASE devient ainsi l'un des postes d'aide sociale qui progressent le plus vite dans les budgets départementaux, devant le RSA.

Les mesures d'accueil absorbent l'essentiel de ce budget : un placement en établissement coûte beaucoup plus cher qu'une action éducative à domicile, et chaque accueil supplémentaire alourdit la facture. Les départements soulignent aussi le coût de l'accueil des MNA et de l'accompagnement des jeunes majeurs, en partie compensé par l'État.

Violences faites aux enfants : ce que mesurent les bases nationales

Les violences intrafamiliales subies par les mineurs se mesurent à travers les plaintes enregistrées par la police et la gendarmerie, exploitées par le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). L'ONPE reprend ces données sur sa page des chiffres nationaux : en 2025, 63 059 victimes mineures de violences physiques commises dans un cadre intrafamilial sont concernées par une plainte, et 23 203 victimes mineures de violences sexuelles intrafamiliales.

Ces nombres décrivent la maltraitance révélée, pas la maltraitance réelle : beaucoup de violences ne donnent jamais lieu à une plainte, surtout quand l'auteur vit sous le même toit. L'enquête de victimation et les travaux de la Ciivise (commission sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) estiment l'ampleur bien au-delà des faits enregistrés.

Les morts violentes forment le versant le plus grave. Selon l'exploitation des bases SSMSI par l'ONPE, 60 mineurs sont décédés de mort violente au sein de la famille en 2022. En 2024, 7 mineurs sont morts victimes d'infanticide dans un contexte de conflit conjugal, et 94 mineurs sont devenus orphelins à la suite d'une mort violente au sein du couple (étude nationale des morts violentes au sein du couple, publiée en 2025).

D'où viennent ces données : ONPE, Drees et départements

Les chiffres de la protection de l'enfance proviennent de plusieurs producteurs publics, qui ne comptent pas exactement la même chose. La Drees, service statistique des ministères sociaux, interroge chaque année les départements par une enquête sur l'aide sociale : elle compte les mesures en cours au 31 décembre et les dépenses. L'ONPE, rattaché au groupement d'intérêt public France enfance protégée, croise les données des départements avec celles de la protection judiciaire de la jeunesse pour estimer le nombre d'enfants suivis, sans double compte.

Ces deux méthodes donnent des résultats proches mais pas identiques : l'ONPE retient une estimation des personnes prises en charge, la Drees un décompte de mesures et de bénéficiaires déclarés. Une comparaison directe entre un chiffre ONPE et un chiffre Drees de la même année induit donc en erreur ; mieux vaut suivre une même source dans le temps.

Au niveau local, les observatoires départementaux de la protection de l'enfance (ODPE) collectent les données et transmettent à l'ONPE des informations anonymisées sur les informations préoccupantes et les mesures, dans le cadre du dispositif Olinpe. La qualité de ces remontées varie d'un département à l'autre, ce que les rapports annuels de l'ONPE signalent chaque année.

Lire les chiffres sans contresens

Un chiffre de la protection de l'enfance se lit toujours avec sa date de référence et son périmètre. Trois pièges reviennent dans le débat public.

  • Mesures ou enfants : 396 900 mesures ne font pas 396 900 enfants, puisqu'un jeune peut cumuler accueil et action éducative.
  • Mineurs ou moins de 21 ans : la Drees rapporte souvent ses taux aux moins de 21 ans, l'ONPE distingue mineurs et jeunes majeurs.
  • Stock ou flux : le décompte au 31 décembre donne une photographie à une date, pas le nombre d'enfants passés par l'ASE au cours de l'année.

Les droits de l'enfant protégé ne dépendent pas de ces statistiques : chaque situation s'apprécie au cas par cas, et les droits reconnus à tout enfant par la Convention internationale s'appliquent aux enfants placés comme aux autres. La rubrique consacrée à la tutelle et aux mesures pour le mineur détaille les dispositifs eux-mêmes.

Enfants placés, financement et sources officielles de l'ASE

Combien d'enfants sont placés en France ?

Fin 2023, 221 000 mineurs et jeunes majeurs sont accueillis hors de leur domicile au titre de l'aide sociale à l'enfance, selon la Drees, soit 6,0 % de plus qu'un an plus tôt.

Qui finance la protection de l'enfance ?

Les départements financent la protection de l'enfance : 11,0 milliards d'euros en 2023 selon la Drees, et 11,2 milliards d'euros de dépenses nettes en 2024 d'après les données provisoires.

Où trouver les chiffres officiels de la protection de l'enfance ?

Les chiffres officiels se trouvent dans le dossier annuel de la Drees sur l'aide sociale à l'enfance et dans le rapport annuel de l'ONPE, publié sur le site de France enfance protégée, qui rassemble aussi les données sur les violences intrafamiliales.

Sources : Drees, L'aide sociale à l'enfance, édition 2025 ; Drees, dépenses d'aide sociale 2024 ; ONPE, chiffres nationaux de la maltraitance.

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